Investir dans l'immobilier locatif en France suppose de choisir la bonne ville. Rendement brut, taxe foncière, risque de vacance, état du parc (passoires thermiques), dynamisme de l'emploi : nous avons croisé cinq bases de données publiques pour identifier les villes où l'investissement locatif reste le plus pertinent, avec les vrais prix DVF plutôt que des estimations de portails.
Rendement locatif : comment le calculer avec les vraies données
Le rendement locatif brut se calcule simplement : (loyer annuel / prix d'achat) x 100. Mais le rendement net, celui qui compte vraiment, doit intégrer la taxe foncière, les charges non récupérables, l'assurance et les travaux. La taxe foncière, en particulier, peut transformer un investissement apparemment rentable en gouffre financier.
Les portails immobiliers calculent leurs rendements sur des estimations de prix. Nous utilisons les prix médians DVF réels — les montants effectivement payés par les acheteurs. L'écart entre estimation et prix réel peut atteindre 15 à 20 % dans certaines villes, ce qui fausse complètement le calcul de rendement.
Le top 15 des villes par rendement brut estimé
Nous avons sélectionné des villes de plus de 20 000 habitants avec un volume de transactions suffisant (plus de 50 par an) et des prix inférieurs à 2 500 €/m², là où les rendements bruts dépassent généralement 6 %. Voici les profils les plus intéressants :
Rendement estimé parmi les plus élevés de France grâce à un prix d'entrée très bas. La taxe foncière élevée grignote toutefois le rendement net. Attention : le marché est étroit.
La grande ville la moins chère de France. Volume de transactions élevé (liquidité), taxe foncière dans la moyenne. Le marché locatif est porté par les étudiants et les jeunes actifs.
Prix très bas et taxe foncière maîtrisée. La présence de Stellantis (ex-PSA) maintient un bassin d'emploi, mais la dépendance à un seul employeur constitue un risque.
Score de qualité de vie élevé pour un prix d'entrée inférieur à 1 300 €/m². La ville bénéficie du programme Action Coeur de Ville.
Noeud ferroviaire entre Paris, Tours et Bourges. Prix plancher et bonne desserte. Le marché est petit mais actif.
À 2h de Paris en train, prix très bas. Le circuit de Magny-Cours et le pôle numérique apportent une activité complémentaire. Taxe foncière élevée à surveiller.
Préfecture de la Marne, bon ratio prix/qualité de vie. TGV vers Paris en 1h30. Marché locatif porté par les fonctionnaires et les militaires (camp de Mourmelon).
Préfecture de l'Aisne, ville haute médiévale. Prix très bas mais taxe foncière parmi les plus élevées. Le rendement net est amputé par la fiscalité locale.
Préfecture très abordable, festival international de l'Affiche. Même problème que Laon : la fiscalité locale élevée pèse sur le rendement.
Préfecture du Cantal, ville calme et bien équipée. Le marché locatif est restreint mais stable. Attention à la vacance hors saison.
Préfecture des Vosges, à mi-chemin entre Nancy et Mulhouse. Prix contenus, marché porté par les étudiants et fonctionnaires.
Deuxième ville de Bourgogne, bien desservie par la RCEA et le TGV à Chalon-Le Creusot. Marché locatif diversifié.
Dans l'aire urbaine de Saint-Étienne, prix encore plus bas que la préfecture. Taxe foncière maîtrisée, bon score de qualité de vie.
Troisième ville de la Loire, gastronomie reconnue (Troisgros). Prix plancher et fiscalité raisonnable.
Base aérienne reconvertie, bon axe routier (A20). Prix bas et taxe foncière dans la moyenne nationale.
La taxe foncière : le tueur silencieux de rendement
Entre Montbéliard (41,8 %) et Laon (64,7 %), l'écart de taxe foncière représente 23 points. Sur un appartement de 70 m² acheté 100 000 €, cet écart se traduit par 300 à 500 € de différence annuelle en taxe foncière. Sur 15 ans de détention, cela représente 4 500 à 7 500 € de rendement en moins.

La règle est simple : ne jamais calculer un rendement sans intégrer la taxe foncière de la commune. Un rendement brut de 8 % peut tomber à 5 % net après taxe foncière, charges et vacance dans les villes les plus fiscalisées.
Les villes à potentiel : hausse de prix + rendement correct
L'investisseur idéal recherche à la fois un rendement locatif et une plus-value à la revente. Parmi les villes en début de hausse (entre +2 % et +7 % sur un an) avec des prix encore bas :
- Troyes : 2 123 €/m², +14,7 % sur un an, 2 670 transactions. La ville connaît un rattrapage fort porté par le TGV et le télétravail.
- Bourges : 1 900 €/m², +3,3 % sur un an, 1 490 transactions. Capitale européenne de la culture, prix encore très accessibles.
- Brive-la-Gaillarde : 2 167 €/m², +6,1 % sur un an, gare TGV. Le sud de la Corrèze attire les télétravailleurs de Bordeaux et Toulouse.
- Quimper : 2 275 €/m², +2,6 % sur un an. La Bretagne continue de gagner en attractivité. Voir notre guide des villes où s'installer.
Les pièges : rendement élevé mais risques cachés
Vacance locative
Un bien vide ne rapporte rien. Les villes à fort taux de chômage (supérieur à 12 %) et en déclin démographique présentent un risque accru de vacance. Montluçon affiche un taux de chômage de 11,6 % et perd des habitants chaque année : le rendement théorique élevé doit être pondéré par ce risque.

Passoires thermiques (interdictions de location)
Depuis janvier 2025, les logements classés G au DPE ne peuvent plus être loués. Les logements F seront interdits à la location en 2028. Dans les villes où le parc ancien est important, une part significative des biens disponibles à l'investissement sont des passoires thermiques qui nécessiteront des travaux de rénovation de 15 000 à 40 000 € avant mise en location. Consultez notre article sur les passoires thermiques par ville pour identifier les zones à risque.
Risques naturels et assurance
Les zones exposées aux inondations, au retrait-gonflement des argiles ou aux risques sismiques voient leurs primes d'assurance augmenter. Ce surcoût, souvent ignoré dans les calculs de rendement, peut représenter 200 à 500 € par an en zone à risque élevé. Vérifiez le score de risques de chaque commune avant d'investir.
FAQ
Quel est le rendement locatif minimum pour un bon investissement ?
En dessous de 5 % de rendement brut, l'investissement est rarement pertinent une fois la taxe foncière, les charges, la vacance et les travaux déduits. Un rendement brut de 7 à 9 % dans une ville stable (démographie et emploi) constitue un objectif réaliste. Au-delà de 10 %, le risque est généralement élevé (vacance, quartier dégradé, passoire thermique).
Faut-il privilégier les grandes villes ou les villes moyennes ?
Les grandes métropoles (Lyon, Bordeaux, Nantes) offrent une sécurité locative (faible vacance) mais des rendements bas (3 à 5 % brut). Les villes moyennes comme Saint-Étienne, Troyes ou Bourges offrent des rendements plus élevés (6 à 9 %) avec un risque modéré. Les petites villes offrent les rendements les plus élevés mais avec un risque de vacance et de liquidité nettement supérieur.
La taxe foncière est-elle déductible des revenus locatifs ?
Oui, en régime réel. La taxe foncière est intégralement déductible des revenus fonciers si vous déclarez au régime réel d'imposition. En micro-foncier (revenus inférieurs à 15 000 €), elle est incluse dans l'abattement forfaitaire de 30 %. Le régime réel est généralement plus avantageux dans les villes à forte taxe foncière.
Comment vérifier le taux de vacance locative d'une ville ?
L'INSEE publie le taux de logements vacants par commune. Un taux supérieur à 10 % est un signal d'alerte. Vous pouvez aussi consulter les annonces locatives sur les portails : si un même bien reste en ligne plus de 3 mois, le marché est tendu côté offre. Notre fiche ville inclut ces indicateurs.
Le DPE a-t-il un impact sur le rendement locatif ?
Directement, oui. Un logement classé F ou G devra être rénové avant mise en location (interdiction progressive). Le coût de rénovation (15 000 à 40 000 €) s'ajoute au prix d'achat et réduit le rendement. Inversement, un bien rénové (DPE A à C) peut se louer plus cher et attirer des locataires plus stables. La décote à l'achat d'une passoire thermique ne compense pas toujours le coût des travaux.
Combien de transactions annuelles faut-il pour un marché liquide ?
Au-dessus de 200 transactions par an, le marché est considéré comme suffisamment liquide pour revendre sans difficulté. Entre 50 et 200, la revente est possible mais peut prendre plusieurs mois. En dessous de 50, le risque de ne pas trouver d'acheteur au prix souhaité est significatif. Saint-Étienne, avec ses milliers de transactions annuelles, offre la meilleure liquidité du classement.
Sources : DVF (DGFiP) pour les prix réels, DGFiP pour la fiscalité locale, INSEE pour la démographie et l'emploi. Scores qualité de vie : ou-vivre-en-france.fr. Données ouvertes sous Licence Ouverte 2.0. Données les plus récentes disponibles.